C’est un nuage qui m’accueille. Je ne vois ni le mas ni le col derrière. Je devine à peine le portail. Cela me rassure.

Rien n’a changé. La vallée haute est toujours embrumée. Le mas reste caché. Seule celle qui sait qu’il existe peut le trouver. Seule celle qui connaît l’entrée peut elle aussi y disparaître.

Exactement ce que je veux. Disparaître dans la douceur d’un nuage. Avec des vivres pour plusieurs mois, deux caisses de livres en souffrance de lecture et mes jumelles.

Une fois au col, l’horizon est clair, mais il suffit de redescendre au mas pour ne plus voir. Pour ne plus être vue. Les nuages qui habillent la vallée haute sont fidèles. A peine quelques jours clairs au plus fort de l’été. Il suffira de les passer dans les bois d’en bas, dans le chaos rocheux près de la source.

Enfin la solitude, enfin la liberté.

Je descends de voiture, referme le portail. La clé du mas est toujours sous la première lauze. Au moment où je vais la tourner dans la serrure, la porte s’ouvre :

– Heureusement que tu es enfin arrivée, je commençais à m’ennuyer tout seul !

19 mars 2025